SCI à l'IR ou à l'IS : comparer les deux régimes avant d'opter
Une société civile immobilière (SCI) est un outil de détention, pas un régime fiscal. Par défaut, elle est transparente : chaque associé est imposé à l’impôt sur le revenu sur sa part du résultat. Elle peut aussi opter pour l’impôt sur les sociétés (IS), ou y être soumise sans l’avoir choisi si elle exerce une activité commerciale. Le choix entre les deux pèse sur l’impôt annuel, sur la façon de récupérer les loyers et, surtout, sur la note à la revente. Ce guide compare les deux régimes sur ces trois moments.
Pourquoi passer par une SCI
La SCI sert d’abord à organiser une détention à plusieurs (couple, famille, associés), à préparer une transmission par donations successives de parts ou à séparer l’immobilier d’exploitation de l’entreprise. Ses statuts règlent les pouvoirs du gérant, les majorités, l’agrément des nouveaux associés et le sort des parts au décès. Le choix fiscal vient après et doit servir cet objectif, pas l’inverse.
La SCI à l’impôt sur le revenu : la transparence
À l’IR, la SCI ne paie pas d’impôt. Son résultat est réparti entre les associés selon leurs droits, que l’argent leur soit versé ou non. Pour une location vide, chacun déclare des revenus fonciers : régime réel en principe (le micro-foncier n’est ouvert à l’associé que s’il détient aussi un logement loué nu en direct, comme l’explique micro-foncier ou réel), déduction des charges, et possibilité d’imputer un déficit foncier hors intérêts sur le revenu global dans la limite de 10 700 € par an, selon les règles détaillées dans location nue, déficit foncier et Jeanbrun.
Les loyers supportent le barème de l’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. À la revente, la plus-value suit le régime des particuliers : 19 % d’impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux, après abattements pour durée de détention qui conduisent à une exonération d’impôt après 22 ans et de prélèvements sociaux après 30 ans (fiche Service-Public F10864).
Le point faible de l’IR est connu : les associés sont imposés sur des loyers qui servent souvent à rembourser le capital de l’emprunt, non déductible. Avec une tranche marginale élevée, l’effort de trésorerie peut devenir lourd.
La SCI à l’impôt sur les sociétés : la société paie, l’associé attend
Une option qui devient définitive
Une SCI qui loue en meublé de façon habituelle exerce une activité commerciale et s’expose à l’IS sans l’avoir choisi : c’est l’une des raisons pour lesquelles la location meublée se pratique rarement en SCI à l’IR. Le régime du loueur en meublé détenant en direct est présenté dans location meublée LMNP.
Comment la société est imposée
La SCI à l’IS tient une comptabilité commerciale. Elle déduit toutes ses charges, intérêts d’emprunt compris, et amortit les constructions (jamais le terrain). Le bénéfice restant supporte l’IS.
Comment l’associé est imposé quand la SCI distribue
Tant que le bénéfice reste dans la société, l’associé ne paie rien. Une distribution de dividendes est imposée de deux façons possibles :
- par défaut, au prélèvement forfaitaire unique : 12,8 % d’impôt sur le revenu (CGI, article 200 A) et 18,6 % de prélèvements sociaux, les dividendes ne figurant pas parmi les revenus restés à 17,2 % (CSS, article L136-8), soit 31,4 % ;
- sur option, au barème progressif : les dividendes sont alors réduits d’un abattement de 40 % (CGI, article 158, 3-2°) et une partie de la CSG (6,8 points) devient déductible l’année suivante. L’option est globale : elle s’applique à tous les revenus de capitaux mobiliers et plus-values de valeurs mobilières du foyer pour l’année.
Pour un associé imposé à 11 %, le barème donne environ 6,6 % d’impôt sur le revenu sur le dividende brut (11 % de 60 %), contre 12,8 % au PFU. À 30 %, le barème coûte 18 %, et le PFU redevient plus favorable.
La revente sous l’IS : le point qui renverse souvent la comparaison
La SCI à l’IS calcule sa plus-value par rapport à la valeur nette comptable du bien, c’est-à-dire le prix d’achat diminué des amortissements pratiqués. Cette plus-value entre dans le résultat imposable à l’IS, sans abattement pour durée de détention. Si le prix de vente est ensuite distribué, il supporte une seconde imposition au titre des dividendes. Après vingt ans d’amortissement, l’essentiel du prix de vente peut ainsi devenir imposable.
Les deux régimes côte à côte
| Critère | SCI à l’IR | SCI à l’IS |
|---|---|---|
| Qui paie l’impôt sur les loyers | Les associés (revenus fonciers) | La société (15 % puis 25 %) |
| Amortissement de l’immeuble | Non | Oui |
| Déficit sur le revenu global des associés | Oui, jusqu’à 10 700 € par an | Non, reporté dans la société |
| Prélèvements sociaux | 17,2 % sur les loyers | Aucun sur les loyers ; 18,6 % sur les dividendes |
| Imposition personnelle | Chaque année, sur la quote-part | Seulement en cas de distribution (31,4 % ou barème après abattement de 40 %) |
| Plus-value de revente | Régime des particuliers, abattements jusqu’à 30 ans | Prix moins valeur nette comptable, sans abattement, puis imposition des distributions |
| Comptabilité | Allégée | Commerciale, plus coûteuse |
Exemple : 20 000 € de loyers et des associés imposés à 41 %
Hypothèses : immeuble loué nu, 20 000 € de loyers, 8 000 € de charges (intérêts, taxe foncière, assurance, gestion), associés dans la tranche à 41 %.
- À l’IR, le revenu foncier imposable est de 12 000 €. Impôt sur le revenu (41 %) et prélèvements sociaux (17,2 %) : environ 6 980 € par an, payés par les associés.
- À l’IS, avec un amortissement supposé de 7 000 €, le bénéfice est de 5 000 € et l’IS à 15 % de 750 €. Si la SCI distribue ensuite les 4 250 € restants, les associés paient environ 1 335 € au PFU de 31,4 %.
L’écart pendant la détention est net. Mais si l’immeuble est revendu après vingt ans avec 140 000 € d’amortissements pratiqués, ces 140 000 € grossissent d’autant la plus-value imposable à l’IS, alors qu’à l’IR la même vente aurait bénéficié de vingt ans d’abattements. Ces chiffres illustrent un mécanisme, pas une simulation de votre situation.
Faire entrer un bien que vous possédez déjà
Faire racheter par votre SCI un bien que vous détenez en direct est une vente à part entière : plus-value imposable pour vous, frais d’acquisition pour la société, nouvel emprunt, et risque d’abus de droit si l’opération n’a qu’un but fiscal. Ce cas est traité dans revendre son bien à sa propre SCI.
Ce guide est une information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Faites valider la structure et le régime fiscal de votre SCI par un notaire, un avocat ou un expert-comptable avant toute décision.
Sources
- Code général des impôts, article 239 (option pour l'impôt sur les sociétés)
- Code général des impôts, article 219 (taux de l'impôt sur les sociétés)
- Code général des impôts, article 200 A (prélèvement forfaitaire unique et option pour le barème)
- Code général des impôts, article 158 (abattement de 40 % sur les revenus distribués)
- Code de la sécurité sociale, article L136-8 (taux de CSG)
- Plus-value immobilière lors de la vente d'un logement